samedi 30 mai 2009

« Vous aussi, vous rendrez témoignage » – l’Evangile de ce dimanche


À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.
Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement.
J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu’il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
(Jn 15,26-27;16,12-15)

Le Seigneur promet son Esprit

Une fois de plus, nous sommes renvoyés aux heures précédant la mort et la résurrection du Christ, dans son long et beau discours d’adieu à ses disciples. Ce discours est vraisemblablement une relecture postpascale opérée par saint Jean, où il interprète des propos tenus par le Seigneur, à la lumière de sa victoire sur la mort au jour de Pâques.
La grande valeur de ce texte est donc de montrer la continuité de l’histoire de Jésus entre avant et après la Résurrection. S’il y a un avant et un après Pâques dans l’histoire, on peut dire aussi qu’en Jésus Christ il y a un lien fort de continuité – qu’on se souvienne de la façon dont le Ressuscité se fait reconnaître de ses disciples après Pâques.
L’Esprit saint qui nous est promis, Esprit de vérité qui procède du Père, n’est pas un ‘‘nouveau Dieu’’ qui viendrait prendre la suite de Jésus, non ! Il est bien « l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière », laquelle vérité est le Christ lui-même. Nous sommes face au mystère de la Trinité divine.

Le temps de l’Eglise, temps de l’Esprit saint ?

Ainsi, si l’on peut dire parfois que nous sommes entrés avec la Pentecôte dans le ‘‘temps de l’Esprit saint’’, après un ‘‘temps du Christ’’, il ne faut en aucun cas introduire une rupture entre ces deux étapes.
« Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi. » Voilà le signe de l’unité de la Trinité divine – et de cette continuité que je soulignais plus haut.
Le Christ rejoignant son Père nous promet l’Esprit saint pour réaliser avec nous la même action que le dessein d’amour de Dieu commande : nous conduire à la reconnaissance de notre Créateur et Sauveur, à l’exclamation : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Parler toutes les langues aujourd’hui ?


Le récit de la Pentecôte (dans le Livre des Actes des Apôtres) parle d’un effet bien connu du don de l’Esprit : les Apôtres parlent toutes les langues des personnes réunies ce jour-là à Jérusalem. Cet épisode pose bien des questions aux chrétiens d’aujourd’hui.
Voici un extrait de l’homélie africaine du VIe siècle pour la Pentecôte proposée à notre méditation dans l’office des lectures de la veille, qui me semble bien intéressant : « Par conséquent, si quelqu’un dit à l’un de nous : ‘‘Est-ce que tu as reçu le Saint-Esprit, car tu ne parles pas toutes les langues ?’’ voici ce qu’il faut répondre : ‘‘Parfaitement, je parle toutes les langues. Car je suis dans ce corps du Christ, qui est l’Église, laquelle parle toutes les langues.’’ En effet, par la présence du Saint-Esprit qu’est-ce que Dieu a voulu manifester, sinon que son Eglise parlerait toutes les langues ? »

Bonne fête de la Pentecôte à tous !

vendredi 22 mai 2009

Dans le monde ou du monde ? – l’Evangile de ce dimanche


À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, les yeux levés au ciel, il priait ainsi : « Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.
Quand j’étais avec eux, je les gardais dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie. Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés.
Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde. Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.
Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité. »

(Jn 15,9-17)

Qu’est-ce que ‘‘le monde’’ dans l’évangile selon saint Jean ?


On entend souvent dire que les chrétiens sont dans le monde sans être du monde, pour dire qu’ils vivent au milieu des autres hommes de leur temps, mais d’une façon différente… Que signifie précisément cette expression que Jésus utilise dans ce passage de l’évangile selon saint Jean que nous lisons aujourd’hui ?
Le R.P. Xavier Léon-Dufour sj définit le monde comme le lieu où se fait la rédemption des hommes. Créé bon par Dieu mais dénaturé par le péché, le monde est en tension : il est mauvais et il est aimé de Dieu – un peu comme l’homme pécheur.
Etre ‘‘du monde’’ se définit ainsi comme tourner le dos à Dieu, en préférant sa dimension dénaturée. Mais du moment qu’on est né sur cette terre, on est toujours ‘‘du monde’’. Ainsi pouvons-nous comprendre la prière de Jésus à son Père : « Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. »

La joie par la Parole

Le Christ nous a donné la parole de Dieu (vv. 13, 14, 17) pour que nous ayons la joie. Souvenons-nous que le Christ est lui-même la parole de Dieu (cf. Jn 1). Cela signifie qu’il s’est donné lui-même aux hommes, pendant son ministère public.
Mais la parole éclaire l’esprit du monde, elle permet de discerner le bon du mauvais et elle aide ainsi l’homme à se détourner du monde et à vivre selon la volonté de Dieu. C’est pour cela que le monde peut nous haïr, au nom même de cette parole : « Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde »
Une fois qu’on a entendu la parole de Dieu, on ne peut plus vivre tout à fait comme avant. C’est ainsi que je comprends la dernière phrase de ce passage : « Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité. »
Ces paroles de Jésus résonnent comme une nouvelle invitation à fréquenter régulièrement la Parole de Dieu. Elle nous permet de mieux connaître Dieu et de vivre dans une plus grande intimité avec lui. Souvenons-nous d’un passage étonnant de l’évangile selon saint Luc : « Or il advint, comme il parlait ainsi, qu'une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : ‘‘Heureuses les entrailles qui t'ont porté et les seins que tu as sucés !’’ Mais il dit : ‘‘Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l'observent !’’ » (Lc 11,27-28) Oui, fréquentons la Bible le plus possible, et nous serons remplis de joie.

L’unité autour de la parole

« Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. » Cette prière est sans doute la plus importante au cœur de Jésus : que tous soient un. Et il est frappant aujourd’hui de voir combien la Parole de Dieu est au centre des enjeux œcuméniques. L’unité des chrétiens passera certainement par un retour à l’Ecriture, et par une nouvelle relation à la Révélation.

Prions tous, en ces jours qui nous préparent à la Pentecôte, pour que l’Esprit saint vienne habiter dans nos cœurs et les convertisse, pour qu’en Dieu tous nous soyons un.

dimanche 10 mai 2009

« Je suis la vigne. » – l’Evangile de ce dimanche


À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l'enlève ; tout sarment qui donne du fruit, il le nettoie, pour qu'il en donne davantage.
Mais vous, déjà vous voici nets et purifiés grâce à la parole que je vous ai dite : Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter du fruit par lui-même s'il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est comme un sarment qu'on a jeté dehors, et qui se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.
Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l'obtiendrez. Ce qui fait la gloire de mon Père, c'est que vous donniez beaucoup de fruit : ainsi, vous serez pour moi des disciples.
(Jn 15,1-8)

Après les belles lectures du début du temps pascal, relatant les apparitions du Christ ressuscité à ses disciples au Cénacle, à Emmaüs, etc., voici que nous lisons un extrait du discours prononcé par Jésus peu avant sa passion, dans l’évangile selon saint Jean, où celui-ci donnait aux disciples des conseils pour les jours où ils seraient seuls, quand il serait parti. On peut tirer de très belles et nombreuses choses de ce texte, mais je préfère me cantonner à une seule aujourd’hui : il est bon d’écouter pour nous ces conseils de Jésus. Ils sont fondateurs de notre vie chrétienne.

« Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. »

Le premier de ces enseignements concerne la relation de Jésus au Père. Il est important de savoir quel lien unit le Christ au Père, pour mieux connaître Dieu. « Je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. » Qu’est-ce que cela peut signifier ?
Le vigneron est celui qui a planté la vigne, il en est en quelque sorte le père, celui qui sait ce qui sera le meilleur pour elle, et il l’aime plus que tout. C’est aussi lui qui par ses soins lui fait porter du fruit.

« Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. »


Le second enseignement nous fait considérer notre propre relation au Christ : nous sommes les sarments – les branches – de la vigne qu’est Jésus-Christ. Nous ne recevons donc notre vie que de la sève qu’il nous communique. Sans tronc, les branches n’ont pas la vie.
Mais si nous sommes les sarments, nous sommes aussi la partie visible de la vigne. C’est par nous que le Christ, depuis son Ascension vers le Père, est rendu visible dans le monde. L’Eglise – et chacun de nous par conséquent – est le véritable lieutenant du Christ sur terre, en attendant son retour glorieux.

« Ce qui fait la gloire de mon Père, c'est que vous donniez beaucoup de fruit : ainsi, vous serez pour moi des disciples. »

Ainsi, forts de ces deux premiers enseignements, nous pouvons comprendre la dernière phrase de ce passage, jusqu’alors peut-être un peu absconse. Comment en effet peut-on dire que la gloire de Dieu soit liée aux fruits de nos pauvres vies ? Nous faisons bien le rapport entre cette phrase et celle, archi-connue, de saint Irénée : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. » Et pourtant comment comprendre cela ?
La gloire de Dieu, c’est que la Vérité germe sur la terre, dans l’amour. C’est qu’ « amour et vérité se rencontrent », comme dit le psaume 34. Or la Vérité, c’est le Christ. Et pour que la Vérité germe sur la terre, nous l’avons vu, il faut que nous la rendions visible et tangible sur la terre. Ainsi, par les fruits de nos vies, de chacune de nos vies, nous faisons grandir la gloire de Dieu.

Béni soit le Seigneur qui, vainqueur des puissances de la mort, s’en remet quand même à nous pour faire éclater sa gloire !

samedi 2 mai 2009

"Je suis le bon pasteur" - l'Evangile de ce dimanche


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jésus disait aux Juifs : « Je suis le bon pasteur, le vrai berger. Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis.
Le berger mercenaire, lui, n'est pas le pasteur, car les brebis ne lui appartiennent pas : s'il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s'enfuit ; le loup s'en empare et les disperse.
Ce berger n'est qu'un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent , comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.
J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur.
Le Père m'aime parce que je donne ma vie pour la reprendre ensuite.
Personne n'a pu me l'enlever : je la donne de moi-même. J'ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre : voilà le commandement que j'ai reçu de mon Père. »


En ce 4e dimanche de Pâques, l'Eglise nous invite à prier pour les vocations sacerdotales. Pourquoi les prêtres sont-ils nécessaires à la vie de l'Eglise ? On dit parfois "pas d'Eglise sans prêtres", et c'est bien vrai. A l'aide de l'Evangile de ce dimanche, essayons de comprendre pourquoi.

"Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis."L'Eglise a besoin d'hommes et de femmes qui s'engagent pour la structurer, pour l'organiser, pour la faire fonctionner, c'est une évidence. Mais elle a aussi besoin d'hommes et de femmes qui se donnent totalement à elle et au Christ, des personnes qui donneront leur vie pour elles. Particulièrement, les prêtres sont des hommes qui se donnent pour le service de Dieu et des hommes, et qui se donnent totalement, dans un esprit d'obéissance et de pauvreté. Par le célibat, ils manifestent ce don total. Et par ce don, les prêtres se configurent au Christ qui a donné sa vie pour nous. Donnés à la foi à Dieu et à son Eglise, qui sont inséparables, les prêtres sont bien ces bergers qui donnent leur vie à l'Eglise.

"je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent"Quelle est l'importance de cette connaissance mutuelle ? Elle permet d'entrer en intimité l'un avec l'autre, et toute l'histoire d'alliance entre Dieu et son peuple, dans toute la Bible, est une histoire de rencontre progressive de Dieu avec son peuple. En Jésus, nous avons la rencontre profonde entre Dieu et l'homme. Par la célébration des sacrement, par la prédication, par la direction spirituelle..., les prêtres sont pour nous aujourd'hui les médiateurs de cette connaissance réciproque, de cette intimité.

"J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi, il faut que je les conduise."Mais la mission des prêtres ne sa limite pas aux murs de l'église, ni même au peuple chrétien. L'Eglise veut être un signe puissant de joie et d'espérance (Gaudium et spes), elle veut être la Lumière de tous les peuples (Lumen Gentium). A la suite de Jésus, les prêtres vont à la rencontre du monde entier - nous pensons à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) qui se réunit ces jours-ci. En ce temps de crise financière mais surtout sociale, comment ne pas être sensibles aux fragilités du monde, aux souffrances des hommes et à leurs incompréhensions ? Ici encore les prêtres sont pour nous des signes de cette ouverture au monde, à tous les hommes.

"je donne ma vie pour la reprendre ensuite"Cette phrase de Jésus peut nous sembler difficile à comprendre... mais je crois que nous pouvons y discerner l'invincible espérance du Christ qui, en donnant sa vie, sait que le Père le sauvera. J'aime à croire que les prêtres peuvent être les témoins de cette espérance dans le salut qui vient de Dieu et que déjà nous pouvons expérimenter dans la vie quotidienne. Surtout, ils témoignent que la mort n'est pas une fin en soi et que la vie est plus forte que la mort, comme la Résurrection du Christ l'a manifesté. Témoins de cette espérance, les prêtres sont alors vecteurs d'un fort souffle de dynamisme pour l'Eglise qui lui donne l'énergie nécessaire pour être missionnaire dans le monde.

Alors prions, chers amis, prions pour qu'il y ait de nombreuses vocations de prêtres dans l'Eglise, car le monde en a besoin !

samedi 18 avril 2009

« La paix soit avec vous ! » – l’Evangile de ce dimanche


C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
1l y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre.
Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.
(Jn 20, 19-31)

« La paix soit avec vous ! »

Par trois fois, Jésus dit : « La paix soit avec vous ! » Et ce sont les premières paroles que les disciples entendent de la bouche du ressuscité, en guise de triple salutation. Notons au passage que cette salutation est toujours celle qu’utilisent les évêques au début de la Messe.
Pourquoi une telle insistance sur la paix ? Je crois que Jésus donne la paix à ses disciples parce que c’est ce qui leur a manqué le plus cruellement dans les jours précédents. Devant l’imminence de la Passion, ils ont fui, laissant Jésus seul face à la mort. Après la résurrection, alors même que Marie-Madeleine puis Pierre et Jean ont vu le tombeau vide (cf. évangile de la semaine dernière), les disciples se sont enfermés chez eux et ont verrouillé les portes. Vraiment, les disciples manquent de la paix du cœur qui permet à la foi de prendre sa place.
Pourtant Jésus avait déjà dit : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jn 14,27), mais cela n’a pas suffi. En effet, si nous n’accueillons pas cette paix, si nous ne lui faisons pas de place dans notre cœur, alors elle ne s’imposera pas.
Après avoir « donné » sa paix aux disciples, le Christ exprime donc un souhait : « La paix soit avec vous ! » Entendons : la paix que déjà je vous ai donnée, accueillez-la pour qu’elle soit avec vous.

Et nous ?

Souvent, nous nous identifions à Thomas. Thomas l’incrédule, Thomas le pragmatique, Thomas l’homme bien humain qui nous réconforte car nous nous reconnaissons en lui. Et pourtant, il n’est pas facile de ressembler en tout à Thomas : pour la première étape, celle qui consiste à douter et à dire : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! », ce n’est pas difficile. Mais saurions-nous dire comme lui : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » ?
Sommes-nous capables d’accueillir les signes que Dieu nous donne ? J’entends souvent des gens dire : ‘‘Ah, si Dieu veut que je croie en lui, il n’a qu’à me donner un signe tangible, alors je croirai.’’ Mais le feraient-ils ? Car la conversion de Thomas n’est pas une simple succession logique d’événements preuve-foi. Ce serait trop facile, et Dieu alors ne laisserait pas la liberté à Thomas de croire ou non.
Avec nous, Dieu procède de la même façon. Mais savons-nous reconnaître les signes que Dieu met sur notre route, et surtout laissons-nous dans notre cœur assez de place pour que germe la foi ?
Si nous savons accueillir en nous les signes de la présence de Dieu dans le monde, alors notre foi s’affermira et en vérité nous pourrons dire : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Alors le souhait de Jésus sera réalisé, car nous aurons reçu sa paix.


NB : l'image est un tableau du Caravage

dimanche 12 avril 2009

« Il vit, et il crut. » – l’Evangile de ce dimanche


« Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : ‘‘On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis.’’ Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n’entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.
C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »
(Jn 20,1-9)

Une nouvelle toujours nouvelle : le tombeau est vide !

La première chose qui me marque aujourd’hui, c’est que la nouvelle de la Résurrection sonne véritablement comme une nouvelle, c'est-à-dire comme quelque chose qu’on n’attendait pas. Pourtant, dans l’année, nous célébrons chaque jour la résurrection du Seigneur au cours de la Messe. Toute la vie de l’Eglise tourne autour de la Résurrection du Christ. Mais ce matin, nous découvrons le tombeau vide et comme Marie Madeleine, surpris, nous courons l’annoncer autour de nous.
Comment se fait-il que nous ne nous habituions pas à cette nouvelle ? C’est bien ce qui fait de l’Evangile un livre pas comme les autres : quand on a lu trois fois un livre, même très bon, on se lasse de l’effet de surprise de la fin… mais pas dans l’Evangile. Qui peut se dire blasé le jour de Pâques ?
C’est l’Esprit saint, l’Esprit de vie, l’Esprit même dans lequel le Seigneur est ressuscité, celui qui a inspiré les auteurs des Ecritures, qui nous donne cette vie, ce sentiment de nouveauté.

La vie reprend ses droits

D’ailleurs le texte fourmille d’indices nous laissant entendre que la vie reprend ses droits. Après le Samedi saint, dans la nuit et le silence du tombeau, nuit où rien ne se passe car la vie a été chassée, après cette nuit noire sans espérance, la vie réapparaît. Notons les mouvements des personnages de ce texte : Marie Madeleine marche vers le tombeau, elle court vers les disciples ; Pierre et l’autre disciple courent eux aussi, Pierre entre dans le tombeau, suivi de l’autre disciple. Après une journée où plus rien ne bougeait, ces mouvements nous indiquent la vie. Une autre indication importante ne peut nous échapper : c’est au petit matin, quand la lumière luit de nouveau, et c’est le premier jour de la semaine, à l’orée de tous les possibles, que la scène a lieu.
Après le désespoir de la mort du Christ, nous voici invités à partager l’espérance d’un jour nouveau, d’une vie nouvelle : non, la mort n’est pas la fin de tout, c’est ce que Dieu a montré par la Résurrection de Jésus. Non, nous ne resterons pas dans les ténèbres de nos souffrances, de nos révoltes, de nos injustices ; un jour nouveau commence, celui qui transformera nos corps de misère en corps de gloire !

A nous de voir et de croire

« Il vit et il crut. » Comme le disciple bien aimé de Jésus, nous avons suivi le Maître jusqu’à la Croix, et sans doute nous avons parfois douté. Peut-être avons-nous fui devant le scandale de cette mort ignominieuse. Et pourtant, comme ce disciple, nous voici devant le tombeau vide. Qu’allons-nous faire ?
Allons-nous douter encore (‘‘ils ont peut-être volé le corps de Jésus’’, ‘‘c’est un mirage’’) ou bien accepterons-nous de croire enfin de tout notre cœur ? Le tombeau est vide, donc le Christ est ressuscité, comme il l’avait promis !
Quelles sont les preuves de la résurrection autour de nous, qui peuvent nous conduire à la foi ? C’est à chacun de les voir dans sa propre vie. Mais ils sont nombreux, les signes de l’amour de Dieu par-delà nos morts et nos blessures. A chacun de voir en soi, dans sa vie. Mais soyons sûrs que si nous acceptons d’ouvrir les yeux, nous verrons et nous croirons !

Très joyeuses fêtes de Pâques à tous.



NB : cette image est une enluminure de l'Evangéliaire d'Egbert (Xe siècle) représentant les disciples au tombeau.

samedi 11 avril 2009

Pâques ! Comme si c'était la première fois.


Voici un article que j'avais rédigé le 19 avril 2003, la veille de Pâques. "Comme si c'était la première fois..." et c'est vrai ! Cette année encore, six ans après, c'est comme si c'était la première fois. Joyeuses fêtes de Pâques à tous ! Sébastien



Pâques !

Il est 20h. Après les Vêpres du Samedi Saint et le dîner dans le réfectoire des moines de Saint-Benoît sur Loire, je me prépare dans le silence et la solitude à la Vigile Pascale qui aura lieu dans deux heures. Voilà trois jours que je l’attends, cette belle Messe de Pâques ! Trois jours passés, avec d’autres étudiants autour du Père Guy-Emmanuel, à nous introduire au mystère de la mort et de la résurrection de Jésus. Trois jours de silence, trois jours de prière, trois jours de communion avec Dieu. Et ça y est, Pâques est là, tout proche. Quelle joie inexprimable ! Marchant dans le jardin des moines, le soleil couchant m’éblouissant de lumière, je rends grâce à Dieu pour cette joie qu’Il me donne ! Merci Seigneur de ces heures ! Merci surtout Seigneur de T’être donné tout entier pour nous !

Cette joie, jamais auparavant je ne l’avais ainsi ressentie, jamais avec une telle intensité. Les trois jours passés dans cette abbaye sans parler, entre offices et catéchèses, m’ont permis de saisir la continuité du mystère pascal : de l’Eucharistie du Jeudi à Pâques, en passant par la mort de Jésus le Vendredi et l’attente recueillie du Samedi, le mystère n’est qu’un : Christ est venu S’offrir pour nous sauver par Sa mort, et Il a réussi ! En trois jours de méditation, j’ai pu m’imprégner du drame de la Passion, je l’ai ressenti presque charnellement. Alors ce jour de Pâques est pour moi une délivrance : Christ est ressuscité ! Non que je doutais qu’Il ressuscitât, mais ce jour de joie, je vais le vivre beaucoup plus fort, je vais le vivre comme si j’y étais, avec la formidable envie de partager ce que j’aurai vu !

J’attends avec impatience cet instant : Pâques ! Le soleil se couche ; demain, le monde se réveillera nouveau : Pâques ! Demain, je ne serai plus le même, toute aura changé en moi : Pâques !
Comme si c’était la première fois.